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Bashy : That's how an artist touches my soul !

  • Photo du rédacteur: Erion
    Erion
  • 1 févr.
  • 4 min de lecture

Cover de l'album de Bashy intitulé : Being Poor is expensive
Cover de l'album de Bashy intitulé : Being Poor is expensive

20h47, un soir d'automne : comme souvent j'étais en pleine bataille interne.

Cette fois-ci le dilemme était : le bien ficelé ou le facile...prendre le temps de fouiller pour trouver un bon album qui s'alignera à mon humeur du soir ou bien ne pas me prendre la tête et lancer une playlist toute faite.


J'errais donc, en pleine réflexion et c'est là que je suis tombée sur une suggestion de compétition.

Dès les premières notes, je trébuche et me prends une bonne gifle. Mais avant d'y arriver, je suis dans l'obscurité comme la première scène qui ouvre ce clip. C'est flou et contrasté... Au début, je ne comprends pas trop mais c'est une oreille qui se tend que je distingue à peine comme premier plan.

Il n'en fallait pas plus pour m'intriguer et me faire tendre les miennes.

Petit à petit la lumière s'étend, l'artiste se tourne et envoie un

"YO" ...

Les wagons se raccrochent aussitôt dans mon cerveau. Instantanément, je comprends, On n'est pas du tout face à un son chill, ambiance reggae pour finir tranquillement la soirée.

L'accent UK qui me fascine, résonne. Les vers s'enchainent et le cadre est posé. C'est du bon rap à plume, de la bonne grime comme j'aime. Du coup, je mets pause. Je prend le temps de lire les crédits : Time Come de LKJ. Automatiquement, comme pour l'intégrer, je relis le titre à voix haute et là, toute la lumière m'envahit, tout s'éclaire :

How black men lose their smile.

Forcément !

Le ton est sec, l'ambiance est terne... la voix qu'il porte se veut ferme. Et pour cause : c’est le poids de l’engagement qu'enveloppe tout le morceau.

Bashy sur le plan serré a le regard droit, le regard clair de celui qui en a trop vu pour le détourner. Il déroule sa poésie, tisse des liens entre les époques, connecte les blessures d’hier et les cicatrices d’aujourd’hui.


Ces points qu’il relie, tracent tous une même trajectoire : celle des injustices et atrocités qu'ont subi et que continuent de subir les Noir·e·s. Des violences directes, physiques, indirectes, sociales, psychologiques… qui finissent par gangrener leurs être, leur monter à la tête jusqu'à atteindre leur beau sourire d'enfants jadis innocents. Il s'agit de ça... de l'enfance empreinte d'innocence dont on sort brutalement quand on est noir.e. ***Vient alors le temps de la haine de soi, de l'enfermement,

Had genocide, been terrorised Been scrutinised, been brutalised Been ghettoised, been sexualised, Unrecognised, Been tyrannised, been trivialised, Been stigmatised, been ostracised, Demoralised, dehumanised Traumatised,

How Black Men Lose Their Smile — tout est dit. Le titre est bien choisi et appuie sur ce qui est retiré, ce qui est pris, ce qui est impunément arraché...


L'innocence que renferme le sourire d'un enfant qui s'efface petit à petit et laisse place à la peine, à mesure qu'il est confronté à l'ignorance, la haine gratuite, et la bêtise humaine.

Ce titre est aussi un grand majeur en l'air (so Ateyaba) face à ce cliché persistant de l'Homme noir toujours jovial, souriant qui accepte sans rechigner et avec le smile son sort.


Bashy, lui, brise cette façade, et met savamment fin à la mascarade. Comme il le dit lui-même :

“They want the rhythm, but they don’t want the blues”

La puissance de cette phrase résulte dans sa simplicité. Elle résume tout et replace au centre une hypocrisie criante. La culture noire est communément célébrée pour sa vitalité, sa joie communicative, sa légèreté, mais est ignorée dans sa souffrance, les conséquences de l'histoire et les fardeaux qu'elle lui a laissé. Et Bashy, par ce morceau, rend à cette douleur sa place - sa légitimité.


En écrivant cet article, je suis retombée sur une belle phrase de la Queen du R&B français Wallen qui disait que :

"Un artiste est engagé de fait. C'est un ambassadeur de liberté !"

C'est exactement ce que j'ai ressenti en découvrant la puissance de ce morceau de rap. Bashy ne se contente pas juste de poser, il rappelle à quel point l'enfance porte les traits des traumas qui dessinent les portraits des adultes que nous devenons.


Ce qui m'a frappé aussi, c’est à quel point Ashley (de son vrai nom) est méticuleux dans sa création. Logiquement, le choix du sample n’a rien d’anodin : dans Time Come, Linton Kwesi Johnson (LKJ) ne cesse de répéter : “look out” “look out”“look out” comme une mise en garde, une injonction à ouvrir les yeux, à comprendre que le temps des souffrances a assez duré (On est alors en 1979)

Et en face, la reprise qu'a réalisé Bashy de "Battle de Wookie (qui date de l'an 2000) vient apporter une lumière nouvelle. Là où LKJ appelle à la vigilance, Wookie lance un élan d'espoir. Il chante : “Everyday is like a battle (chaque jour est comme une bataille)

But we'll overcome (mais nous vaincrons)

When we get back in the saddle (quand nous remonterons en selle)

Faith will bring us home.” (L'espoir nous ramènera à la maison)

Et c'est sur cette note lumineuse, rythmée par la trompette d'Okiel McIntyre que se clôture le morceau. Bashy relie ainsi deux énergies, fait le pont entre deux générations, deux temporalités : celle de la lutte et celle de la résilience montrant que les deux ne sont pas incompatibles, au contraire. Elles dialoguent et telles les deux faces d'une même pièce, elles sont complémentaires.

Le message sous-jacent est fort : notre souffrance est imprimée dans nos mémoires, on a assez souffert et on ne perds ni foi ni espoir ! Pour finir sur cette belle découverte, je dirai juste qu'il n'y a rien qui me touche plus l'âme que de voir un artiste authentique user de son art pour éduquer, porter sa voix en faisant vibrer à l'unisson celles de toute une génération.

Time Come* est un des titres de la merveille d''album qu'est Forces of Victory du musicien, poète et activiste Linton Kwesi Johnson que j'ai eu le bonheur de redécouvrir. Idem pour Being Poor is expensive, l'album de Bashy qui est une véritable merveille*.

*Merveille que j'ai également pris plaisir à décortiquer dans un autre article... Stay tuned !



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